TériiPhérie

Rue de Stanhope


Les presses et les rouleaux à distribuer l'encre ne fonctionnaient plus dans le quartier de Terriphèrie où s'imprimaient depuis toujours les livres et les journaux.
Malgré la spécialité qui la met en rapport la typographie teriiène, la rue de Stanhope, qui avait si longtemps entendu le bruit des presses à bois, auxquelles la langue est redevable du mot faire gémir la presse, était à l'heure d'Internet et de la communication multimédia.
Les dévorants mécanismes du passé qui avaient produit tant d'ouvrages estimables, de la première édition des Exercices de style de Queneau aux livres de Lucien Chardon et de David Séchard, s'étaient tus à jamais, remplacés par les cliquetis irréguliers des contacts avec les touches du clavier, le léger chuintement des imprimantes laser et les sonneries intempestives des téléphones portables.

Ici, il est peut-être nécessaire de dire un mot de ce qui restait de l'établissement situé au numéro 10, à un carrefour.
Le premier propriétaire s'était établi là sous le règne de De gaulle, alors que la presse s'avérait si nécessaire, dans une période où la liberté d'opinion était souvent un voeu pieux, alors que les journaux paraissaient avec de larges pavés blancs, fruits des censeurs consciencieux à l'affût de toute allusion critique ; Au bout de quelques années, face à la concurrence de plus en plus féroce de la télévision et à l'apathie de ses concitoyens, il avait du se reconvertir dans la publication de prospectus publicitaires qui allaient encombrer les boites aux lettres et les poubelles de tout Terri.
Il avait eu le temps d'ajouter au modeste local initial, construit en pierre locale, car Terri a pendant de nombreuses années été éventrée par d'immenses carrières à ciel ouvert qui ont ensuite été remblayées à la va vite, ce qui explique en grande partie les problèmes des fissures dans toutes les habitations de ce quartier et les effondrements parfois soudains de la chaussée, un appentis dont les murs étaient agréablement décorés d'une treille.
Le premier étage de cette maison, au dessus duquel il n'y avait que deux chambres en mansarde, contenait trois pièces : la première, aussi longue que l'allée, moins la cage du vieil escalier de bois, éclairée sur la rue par une petite croisée oblongue et sur la cour par un oeil de boeuf, servait comme maintenant de chambre et de salle de travail : Aux gravures impressionnistes du premier propriétaire avaient succédé les grands tissus indiens, bientôt décolorés par le soleil qui entrait à flots et des quantités de cartes postales qui avaient laissé sur les murs repeints en parme la trace éphémère du monde et des rencontres internationalistes.

Maintenant, tout était couleur saumon, sauf un petit coin de mur jaune, au dessus du lit habillé d'une couette aux couleurs du ciel et des étoiles.


" Mister jôhn,y presume " avait dit Roultabille en pénètrant dans la chambre.

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